PICT1321

Sa création - son histoire

"Le Pré", ancien espace marécageux où l'on faisait tout d'abord paître les troupeaux, devint ensuite un mieu de sépulture, La nécropole païenne s'étendait du quartier Beaulieu jusqu'au pont Gambetta.

A l'origine du Christianisme dans le Maine, les premières communautés Chrétiennes utilisèrent, pour ensevelir leurs morts, un emplacement protégé et réservé, de sorte que leurs corps ne fussent pas avec les tombes païennes. Cet emplacement se situait entre le pont Yssoir et le pont Gambetta sur la rive droite de la Sarthe .

Le corps de Saint Julien, évêque du Mans, fut ramené de Saint Marceau ( à 20 km du Mans ) ou il mourrut, pour être inhumé dans ce cimetière Chrétien. L' histoire rapporte que plusieurs miracles eurent lieu à l'occasion de cet évènement. Cela se passait entre le IV ème et le Vème siècle.Le culte de Saint Julien prenant naissance, des habitants élevèrent au dessus de "son cercueil", ce que nous appelons "un caveau", pour protéger la tombe du Saint évêque.

Les vestiges de ce petit édifice qui constituait donc une crypte, ont subsisté jusqu'à la révolution. En 1792, en raison d'un état de délabrement , cette crypte fût comblée. Les travaux du XIXème siècle nous ont restitué cette crypte.

A la fin du VI ème siècle, un momastère existait au pré, cinquante moines veillaient sur le tombeau et accueillaient les pélerins malades; on ne connait rien de ce premier monastère. L'édifice comprenait un sanctuaire pour le culte au-dessus d'une crypte avec déambulatoire servant d'écrin" au caveau de saint Julien.

La présence du corps de Saint Julien dura jusqu'au IX ème siècle, époque troublée à l'issue de laquelle Aldric mit à l'abri ( vers 850) dans sa Cathédrale de nombreuses reliques dont celles de Saint Julien.

On ne sait pas ce que devint le monastere après le transfert des reliques.

Ce fut au début du XI ème siècle que se produisit un grand mouvement de restauration des bâtiments religieux dans le Maine .

Une femme pieuse, nommée Lezine, du couvent fr Gourdaine, decida de s'installer avec ses moniales sur l'emplacement du tombeau de Saint Julien.

Cette abbaye bénédictine occupa rapidement un territoire très étendu; elle bénéficiait d'importants revenus et possédait seigneureries et fiefs.

Cette première abbesse, Lezine mit en chantier la nouvelle église abbatiale, dont les dimensions , 58 x 10 m, devaient en faire le troisième édifice de la ville. Les premiers travaux comprirent le coeur( légèrement incliné sur la droite , le déambulatoire avec ses trois chapelles absidiales, le croisillon sud et sa chapelle , la première travée de la nef.

Dès le début du Xii ème siècle, la seconde partie des travaux fut poursuivi avec la nef et la dernière travée du croisillon sud.

Cette abbaye de Saint Julien du Pré se développant , de nombreux bâtiments abbatiaux furent construits: cloître , boulangerie, bûcher, écurie, étable, cave, grange, cours, lavoirs, jardins, cimetière réservé aux moniales, etc. C'était donc un ensemble important qui semble avoir suscité des "ambitions" . Tout près, on édifia une église paroissiale.

A la fin du XIIème siècle, en 1199, le comte Arthur de Bretagne, petit fils d'Angleterre Henri IIn tout en rendant hommage au roy de France Philippe-Auguste, prend sous sa protection les moniales de Saint Julien du Pré. A cette époque également se développait, près des églises suburbaines, l'usage des "reclusoirs" réservés aux femmes, lesquelles étaient emmurées dans un bâtiment jouxtant l'église, afin de méditer et prier. Cette institution des recluses donna naissance aux béguines.

Au XIII ème siècle , en 1255, le SAint-Siège prend l'abbaye sous sa protection, puis ce fût Charles II d'Anjou en 1286.

Avec le XIV ème siècle, c'est la période e la guerre dite de cent ans . Les soldats du roi d'Angleterre allant vers l'Anjou , traversant le Maine et ne peuvent rien contre les fortifications du Mans; ils ruinent ce qui se trouve à l'extérieur.

En 1392, Charles VI, au cours d'un séjour au Mans , fait un pélerinage au Pré. Lorsque Le Mans tombe aux mains des anglais , de 1425 à 1448, l'abbaye connait encore de nouvelles heures sombres

Après tout ces malheurs apportés par la guerre de cent ans , il devint urgent de restaurer l'abbaye; cette tâche est confiée à l'abbesse Isabeau d'Hauteville à partir de 1455. Son souvenir nous est parvenu par un vitrail " rescapé" des évènements de 1944

Au XV ème siècle deux abbesses Jeanne de Brée et Louise Le Cornu poursuivent les travaux en voutant l'abbatiale en pierre afin de remplacer les lambris de bois . Les blasons de ces deux abbesses sont visibles sur des clefs de voutes .

Au XVI ème siècle, l'abbaye connut des conflits internes , puis fût saccagée par les huguenots en 1562.

Au XVIIème siècle, a partir de 1618, de grande réformes dans le fonctionnement de l'abbaye conduisent l'abbesse à modifier l'abbatiale. Un nouveau coeur est construit à l'emplacement de l'actuelle sacristie . Le pourtour du choeur est clos aux extrémités et un nouvel escalier, reservé aux moniales, donne accès au tombeau de Saint Julien. Pour completer, l'entrée du Choeur vers la nef est fermé par une grille. Les Manceaux continuent à venir au Pré pour vénérer le Saint évêque et peuvent acceder au tombeau par l'escalier qui existait à partir du choeur. Enfin les bas-côtés, fermés par une maçonnerie , forment en quelque sorte un nouveau cloitre.

 

Un temoignage de deux abbesses réformatrices du couventy existe grâce au tableau de G.Fleuriot, daté de 1624, récemment restauré et situé dans le transept nord, il est intitulé " La Vierge et l'enfant donnant le rosaire à Saint Dominique et à Sainte Catherine de Sienne". On y voit en particulier l'abbesse Marguerite de Guespray entourée de ses moniales avec, à ses côtés , une religieuse particulièrement jeune, sa nièce Charlotte qui lui succeda en 1644. En bas du tableau et au milieu, les armes de l'abbesse sont surmontées d'une crosse.

Une nouvelle modification du choeur intervient; elle est ainsi décrite " La richesse du tabernacle, la magnificence de cet autel , la politesse de cette chaire et ses grilles où l'art semble s'être surpassée..." En outre dans le fond du choeur , un immense retable en tuffeau est édifié, nécessitant le percement des sept fenêtres hautes.

l'installation, au XVIIIème siècle, d'une tribune et d'un buffet d'Orgue clôtura les travaux de l'abbitiale.

Puis ce fût la suppression de l'abbaye avec la révolution.

L'inventaire de 1790 permet de savoir qu'il n'y avait plus que quinze religieuses. Certains pretres n'ayant pas prêté le serment constitutionnel, l'un d'eux l'Abbé Pierre Jacques BODEREAU , vicaire à Saint Julien du Pré, fût guillotiné place des halles, un vitrail lui est dédié , lui rend Hommage pour sa foi profonde face a l'horreur, la barbarie dont il est victime .

L'abbé Ledru est nomé curé en 1791. A la suppression du culte en 1792, l'église servit de salle de réunion pour les autorités. Les statues furent brisées, la moitié des verrières cassées, la tribune de l'orgue, les tombeaux et les autels détruits.

En 1792, l'argenterie et les ornements sont déposés au couvent de la Couture . Les religieuses quittent Saint Julien du Pré.

Le XIXème siècle fut celui de la restauration de l'abbatiale devenue en 1791 église paroissiale sous le vocable de Notre-Dame du Pré.


En 1833, l'état des lieux dressé par l'abbé Guillois , curé, est consternant:

- Le clocher ( campanile sur le transept sud ) est sur le point de s'écrouler,

- Les voutes de la nef menace ruine.

- Le pourtour du choeur est fermé d'un côté par un autel et , de l'autre, par un mur.

En 1844, le curé décide de faire des fouilles sous le choeur afin de rouvrir la crypte au culte, tout en se conformant aux prescriptions de l'inspecteur des Monuments Historiques, Prosper Mérimée. De l'amas de pierre et de terre, outre des squelettes, on dégage une statue ancienne d'évêque, peut-être celle de Saint Julien, laquelle est actuellement dans la crypte.  Les investigations sous la croisée du transept sont fructueuses : cercueils de pierre et en bois, objets divers... Si bien que l'administration ordonne l'arret des recherches! Le sol est refermé par un plancher provisoire.

L'abbé Guillois fit réaliser un maître-autel dont la consécration eut lieu en grande pompe en 1845.

En 1852, les autorités sont alertées , car  " la situation misérable du bâtiment de l'église, recommandable sous le rapport de l'art, menaceruine sur plusieurs points".

En 1856, l'architecte Darcy établit un projet car les travaux sont urgents: une pierre s'est détachée de la voute pendant un office. C'est a l'abbé Livet, nommé curé en 1857, que va revenir la lourde tâche de la restauration. Il va transformer l'ancienne église abbatiale et lui donner l'aspect que nous lui connaissons aujourd'hui.

La situation , de plus en plus délabrée depuis la révolution, était la suivante:

- une chapelle existait le long du bas côté sud, obstruant les fenêtres.

- Tous les autels, en bois, étaient vermoulus.

- les voutes croulaient par partie.

- Les murs lézardés étaient envahis par les lierres

- le sol était constitué de débris de briques et de pierres.

- la sacristie était dans un couloir le long du bas-côté nord.

- l'église était insérée dans un réseau de maisons particulières

La tâche était considérable. Aussi les formalités administratives furent elles assez lourdes. Les voutes furent refaites et certaines piles reprises. Un projet de clocher- porche fut présenté, car le campanile menaçait ruine. La croisée du transept sud ne pouvant accepter le poids d'un clocher, le projet " Darcy" relatif à un clocher porche fut accepté, car il avait l'avantage d'agrandir l'église devenue trop petite pour ce quartier. Il ne sera réalisé que plus tard.

L'ancienne sacristie est détruite, la nouvelle est installéedans le choeur conventuel du XVIIème siècle. On démolit aussi les vestiges de la tribune d'orgue et on reconstruit les deux absidioles qui avaient été arasées. D'une façon générale, toutes consolidations nécessaires furent réalisées.

Mais l'abbé Livet voulait aussi et surtout restituer la crypte au culte.N'ayant pas les subsides officiels, il chercha de l'argent pour atteindre son but. Il alla précher dans toutes les paroisses du département , lança des souscriptions, reçut de nombreuses offrandes de ses paroissiens aux revenus le plus souvent modestes, et mit en vente les derniers exemplaires de " l'explication du cathéchisme " rédigée par l'abbé Guillois.

En moins d'un an , et après avoir réhaussé le choeur d'un métre. Darcy achève la nouvelle crypte a trois nefs, son pavage conservant l"emplacement des murs de l'ancienne " basilica". L'escalier actuel fut créé, l'escalier primitif comblé, une partie formant désormais une niche surmontant l'autel.

L'inauguration solennelle eut lieu le 27 Janvier 1860


Les travaux " d'embellissement" se poursuivent. Après une forte polémique entre les érudits locaux, la démolition du retable en pierre fut votée.

D'autres travaux se poursuivent: réfection des chapelles de la Vierge et du Sacré-Coeur, dallage autour du choeur, vitraux, dégagement extérieur de l'église, construction du presbytère et d'une école.

Au cours de la Guerre de 1870, l'église héberge des soldats, l'abbé Livet sait y mettre " bon ordre". De cette époque date la réalisation , par M. Cottereau, des statues des quatre évangélistes actuellement dans le choeur. Après la guerre, on désire édifier la façade et son clocher-porche, mais le ministre des cultes refuse la subvention sollicitée. L'abbé Livet profite d'un passage du président Mac Mahon au Mans pour obtenir gain de cause, en démontrant que " La ville du Mans ayant beaucoup souffert de la guerre de 1870 , devait recevoir un recours de l'Etat ". Le clocher put donc s'élever de 1878 à 1885. Darcy inséra le portail primitif dans son oeuvre. Les cinq cloches proviennent de l'usine Bollée.

L'abbé Livet, curé " d'une volonté, d'un caractère fortement trempé, à arête vives, aux principes inflexibles " meurt le 20 juin 1895 . Il est inhumé dans la crypte près de l'emplacement du tombeau de Saint Julien.

Est également inhumé dans la crypte le chanoine Lecourt qui fût curé de la paroisse de 1934 à 1956 . Celui-ci fait réaliser:

- Le grattage des peintures du choeur, des chapelles et de la croisée du transept pour redonner à l'église tout son aspect roman.

- le remplacement du maître autel de 1846 par l'actuel, dessiné par Dom de Laborde, moine de Solesmes.

- la mise en place du nouveau chemin de croix dont le dessin esr dû à Max Ingrand.

 

En 1944, tous les vitraux furent détruits sauf un . Ceux actuellement en place ont été réalisés par Max Ingrand de 1948 à 1954.

 

 

PICT1318

PICT1319

PICT1320

PICT1322

PICT1324